Kinopera (live and studio 1996)

by François Ribac and Eva Schwabe

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about

www.lesribacschwabe.net/kinopera.html

KINOPERA

Music : François Ribac
Dramaturgy : Eva Schwabe et François Ribac
Stage director: Denis Krief
Assistant choreography: Bénédicte Charpiat

Vocals by Marie Faye, Eva Schwabe, Cyrius Martinez, Frédéric Faye
Sound: Charles Frossard
Instrumental music performed by 2 Revox

KINOPERA was performed during 1996 and 1997 in theaters, festivals and movie theaters in France.

There was a time - around 1902 especially in Germany - when silent movies were accompanied by singers. During the screening of a silent film, a costumed tenor placed in front of the screen was trying to synchronize his (her) lips with the music played by a hidden gramophone. The repertoire included opera arias, popular songs or musical parodies, not always directly related to the film.

Excited by this discovery in Siegfried Kracauer's book "From Caligari to Hitler" we developed the project KINOPERA. While the movie "DIE STRASSE" (1923) by Karl Grune was screened, four singers interpreted a score and came alive in front of the screen. The music was played by two tape recorders. The movie we had choosen is the first one of a serie of German "street" films. The street as the lure of the big city, where the petty bourgeoisie is exposed to temptations and danger. The movie set of the movie had been imagined by the painter Ludwig Meidner, a major figur of German Expressionism.

We decided to confront the film with poems from that time before WWI and with strong relations to the theme of metropolis. The lyrics we have choosen were written by Ivan Goll, Emile Verhaeren, Georg Trakl, Else Lasker-Schüller, Georg Heym, Ernst Stadler, Alfred Döblin, Erich Muhsam, Max Hermann-Neisse and Edlef Köppen.

The music was recorded in 1996 in a studio Ivry-sur-Seine, France for demos and also during several live performances in 1996 and 1997.


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credits

released January 18, 2016

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license

all rights reserved
Track Name: La ville (Ribac/Verhaeren) studio
Elle a mille ans la ville,
Le ville âpre et profonde;
Et sans cesse, malgré l'assaut des jours
Et des peuples minant son orgueil lourd,
Elle résiste à l'usure du monde.
Par les quais uniformes et mornes,
Et par les ponts et par les rues,
Se bousculent, en leur cohues,
Sur des écrans de brumes crues,
Des ombres et des ombres.

Un air de soufre et de naphte s'exhale ;
Un soleil trouble et monstrueux s'étale ;
L'esprit soudainement s'effare
Vers l'impossible et le bizarre ;
Crime ou vertu, voit-il encore
Ce qui se meut en ces décors.

O ce monde de fièvre et d'inlassable essor
Rué, à pleins poumons lourds et haletants,
Vers on ne sait quels buts inquiétants ?
Le rêve ancien est mort et le nouveau se forge.
Il est fumant dans la pensée et la sueur.

Drapée en noir et familière,
La Mort s'en va le long des rues
Longues et linéaires.
Drapée en noir, la Mort
Cassant, entre ses mains, le sort des gens méticuleux.
Vêtue en noir et besogneuse,
La Mort s'en va le long des rues.
Track Name: Là des femmes rousses (Ribac/Goll) live
Là des femmes rousses
Reniant l'amant
Souterraines sources
Pleurent doucement
Là des hommes pâles
Mordus de remords
Appellent d'un râle
Leur mère la mort
Et leur front s'effrite
Comme le vil plâtras
L'âge marque vite
Ceux qu'il mangera
Le visqueux silence
Tampon de terreur
Quintuple la transe
Des mauvais dormeurs

Quand la nuit opaque
Se zèbre soudain
Une porte claque
Un phare s'éteint
C'est d'une naissance
Le cri pointu c'est
Cruelle alternance
Un grave décès
Mais tant de supplices
Sont immérités
Dans les précipices
De l'humanité
De l'ultime zone
Un tout petit vent
Né dans un nid d'aulnes
Souffle allègrement
Track Name: Les Citadins (Ribac/Goll) live
Haut dans les immeubles
Alpes de ciment
Les hommes aveugles
Rêvent lourdement
Tôt le labyrinthe
Noir des boulevards
S'emplit d'ombres peintes
De sang et de fard

Sous le chloroforme
D'irréels éthers
Les cités s'endorment
Croûlants belvédères
Quand la nuit opaque
Se zèbre soudain
Une porte claque
Un phare s'éteint

Et sous leurs persiennes
On entend parfois
Ceux qui vont et viennent
Demander pourquoi
Pourquoi les lémures
Vengeant l'inconnu
Meublent de murmures
Leur sommeil ténu

Que les promontoires
Les fiers panthéons
Soulignent leur gloire
D'un fil de néon
Quand la nuit opaque
Se zèbre soudain
Une porte claque
Un phare s'éteint

Là des femmes rousses
Reniant l'amant
Souterraines sources
Pleurent doucement
Là des hommes pâles
Mordus de remords
Appellent d'un râle
Leur mère la mort
Et leur front s'effrite
Comme le vil plâtras
L'âge marque vite
Ceux qu'il mangera
Le visqueux silence
Tampon de terreur
Quintuple la transe
Des mauvais dormeurs

Quand la nuit opaque
Se zèbre soudain
Une porte claque
Un phare s'éteint
C'est d'une naissance
Le cri pointu c'est
Cruelle alternance
Un grave décès
Mais tant de supplices
Sont immérités
Dans les précipices
De l'humanité
De l'ultime zone
Un tout petit vent
Né dans un nid d'aulnes
Souffle allègrement

Sous le chloroforme
D'irréels éthers
Les cités s'endorment
Croûlants belvédères
Quand la nuit opaque
Se zèbre soudain
Une porte claque
Un phare s'éteint
Que les promontoires
Les fiers panthéons
Soulignent leur gloire
D'un fil de néon
Quand la nuit opaque
Se zèbre soudain
Une porte claque
Un phare s'éteint (bis)
Track Name: Ballhaus (Ribac/Goll) live
Lorsque Jean sans Terre
Boit en pleine nuit
La bière lunaire
Qui mousse sans bruit

Il boit goutte à goutte
Il boit fort et sec
Mais il boit le doute
Et l'angoisse avec

Car le solitaire
Aura soif toujours
Rien ne désaltère
Le buveur d'amour

Le blême liquide
Partout répandu
Infuse aux coeurs vides
Le rêve perdu

Mais trop de lumière
Ne fait que voiler
Les mille mystères
De l'ange étoilé

Lune inoxydable
Nénuphar d’éther
Ta neige de sable
Brûle notre chair

Tout l'esprit des choses
Se résorbe en toi
Tes métamorphoses
Dictent notre loi

Sous les météores
Que l'espace éteint
Sois la mandragore
Dans un lit de thym

Lune à jamais rousse
Mortelle aux saisons
Tu nous éclabousses
Du pâle poison

Et sur les décombres
Des palais vermeils
Le monde des ombres
Retourne au sommeil
Track Name: Je suis si seule (Ribac/Döblin, Lasker-Schüler) studio
Ce sont des hommes, des femmes, des enfants ; ces derniers, pour la plupart accompagnés de mains de femmesm. Il serait difficile de les énumérer tous et de raconter leur destin, ce ne serait loisible que pour quelques-uns. Le vent les saupoudre indifféremment de sciure. L'aspect des pèlerins vers l'est ne se distingue en rien de celui des pèlerins vers l'ouest, vers le sud et vers le nord. Du reste, les rôles sont interchangeables, on le verra une heure plus tard. Il y en a même qui bifurquent, qui vont du sud à l'est, du nord à l'est, du nord à l'ouest, du sud à l'ouest. Ils sont aussi réguliers que ceux qui meublent l'intérieur des tramways et autobus. Ceux-ci sont assis en poses diverses et augmentent ainsi le poids inscrit au-dehors des voitures. Ce qui se passe dans leur âme, qui l'éluciderait ? Un chapitre énorme.

Je suis si seule
Si je trouvais
Au moins l'ombre
D'un cœur aimant

Ou quelqu'un
Qui m'offre une étoile
Toujours les anges
La saisiraient au vol
De ci de là

J'ai peur
De la terre noire
Comment m'en irais-je ?
J'aimerais être enterrée

Dans les nuages
Partout où croît le soleil (bis)

Je suis si seule
Si je trouvais
Au moins l'ombre
D'un cœur aimant

Et les voici en route, pesant cent à deux cent livres, revêtus de leurs habillements, chargés de sacs, de paquets, de clefs, de chapeaux, de râteliers et de bandages herniaires - en route sur l'Alexanderplatz - et qui conservent les bouts de papiers oblongs et mystérieux où lire se peut : Ligne 12, DA, BCC et autres signes cabalistiques et profonds, perforés à quatre endroits de ce billet, ainsi libellé dans la même langue allemande que la Bible et le Code Civil. Roumm, Roumm, Remouton. Encore un rail.

La police de circulation, formidable, gouverne la place. On la trouve, sur la dite place, en plusieurs exemplaires. Chaque exemplaire regarde à droite et à gauche, d'un oeil expert. Guêtres aux jambes, matraques de caoutchouc au flanc droit. Quand ses bras s'étendent de l'ouest à l'est, le nord et le sud s'arrêtent, l'est coule vers l'ouest, l'ouest vers l'est.
Puis l'exemplaire tourne automatiquement : le nord afflue vers le sud, le sud vers le nord. L'uniforme de l'agent souligne énergiquement la taille, son mouvement déclenche le transbordement de trente personnes privées, qui, en partie, s'arrêtent au refuge, en partie traversent d'un coup et continuent leur chemin. Le même nombre a nagé en sens inverse. Tous sont arrêtés, rien n'est arrivé.
Track Name: J'ai perdu ma terre (Ribac/Goll) live
Voici l'homme : admire
son œil triomphant
La fleur du sourire
Aux lèvres d'enfant

Voici l'homme

J'ai perdu mon nom
Vous rappelez-vous ?
Il y a longtemps
Qu'on disait qu'il était fou

J'ai perdu ma terre
Qui n'était qu'un peu de poussière
Dans une boite d'allumettes
Pour couvrir ma tombe dernière
Track Name: Le saint et l'assassin (Ribac/Goll) studio
A la dérive
Entre les rives rivales
La rive du désir et celle de l ́oubli
Ma vague divague
Ma vie descend
Le fleuve incandescent

Je suis l ́Unique et l ́Etre Double
Le Roi de Cœur debout et à l ́envers
Perdant gagnant
Passant passé au jour la mort
Je suis le Moi et déjà ma mémoire
Regarde le Fleuve, regarde le Fleuve :
Je suis l ́Instant Je suis l ́Instant
au double au double message
Bien que ma rive droite ignore ma rive gauche
En mon nom se marient l ́Est et l ́Ouest
Je suis la noce du Oui et du Non

Je suis l ́homme aux deux rives je suis l ́homme
Aux deux profils: le saint et l ́assassin
Le saint et l ́assassin
De la main gauche de chair à la main pâle de l ́âme
Le fleuve de sang compte les vagues du temps
Je suis le Roi de Cœur Passant passé
jouant sur deux tableaux je gagnerai la mort.

Je suis l ́Unique et l ́Etre Double
Le Roi de Cœur debout et à l ́envers
Perdant gagnant
Passant passé